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ZWEIG (S.) Lettre autographe signée à Pierre Jean Jouve, [10 mai 1937]   

2 p. in-16 sur papier à en-tête comportant l'adresse de l'auteur imprimée 49, Hallam Street, London W.1., Langham 3693, avec enveloppe timbrée jointe. 1937

Lettre de remerciement, probablement pour l'envoi de Matière céleste publié en 1937. Le félicitant vivement, Zweig constate : Tu es allé très loin du point où tu as commencé; la parole s'est spiritualisée, sans perdre la musique. C'est très exactement encourager Jouve dans la voie qu'il s'est tracée depuis 1924 : "d'abord obtenir une langue de poésie qui se justifiât entièrement comme un chant" et "trouver dans l'acte poétique une perspective religieuse" (R. Micha, Pierre Jean Jouve, p. 13). Critique clairvoyant, Zweig poursuit avec beaucoup d'amitié : Mon ami, ne te plains pas de la solitude ! C'est une solitude créative, que tu t'es volontairement créée, qui prouve la conscience, qui s'approfondit continuellement. À l'instar de son maître, Rainer Maria Rilke, que Jouve eut la chance de rencontrer l'année précédant sa mort en 1925, l'écrivain exerce sur son ami une sorte de tutorat spirituel et littéraire, vivant lui-même dans cette solitude qu'il conseille à Jouve de chérir : J'ai eu une vie compliquée et difficile les dernières années et je me suis retiré en moi-même. J'ai cherché le désert de pierre qui est Londres et où les livres sont les seules plantes vivantes et la musique, le vrai ciel.La lettre vient d'Angleterre, où Zweig, fuyant l'antisémitisme, réside depuis 1933. Leur amitié remonte à leur rencontre en Allemagne, en décembre 1917. Trois ans plus tard, Jouve dédiait à Zweig son livre Heures, lequel, à son tour, l'invitait à venir faire des conférences à Salzburg. La crise intérieure que traversa Jouve à l'époque entraîna le désaveu public de tous ses écrits antérieurs à 1924 ainsi que sa rupture avec Romain Rolland et le cercle de l'Abbaye, que Zweig fréquentait aussi, mais elle n'affecta pas leur amitié. La compréhension de ce dernier fut d'autant plus précieuse que Jouve fut très critiqué à cette occasion. Une lettre de remerciement de Zweig pour Vagadu en 1931 (Cat., Pierre Jean Jouve, 1959, n° 28) montre que ce n'est pas la première fois que le poète lui confie ce rôle de critique amical.Exposition : Doucet (Cat., Pierre Jean Jouve, 1959, n° 44).

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