Delambre, le théâtre et les mathématiques
DELAMBRE (Jean-Baptiste Joseph) Astronome, membre de l'Académie des sciences et professeur au Collège de France (1749-1822). Correspondance de 35 lettres autographes signées à Charles Nicolas Favart. Compiègne, 1769-1771 et [Paris], 1774,
quelques passages et une lettre en italien, nombreuses adresses et marques postales, qq. cachets de cire conservés ; l'ensemble soigneusement monté dans un album in-4 (29 x 23 cm), relié en maroquin rouge, dos à nerfs ornés de fleurons, rinceaux et filets dorés, triple encadrement de filets dorés sur les plats, large dentelle intérieure, tranches dorées [Riviere & Son]
Importante correspondance de Delambre à son ami Charles Nicolas FAVART (1749-1806), auteur dramatique et comédien, fils de Charles Simon Favart, le célèbre auteur d'opéras comiques.Personnelles et intimes, ces lettres de jeunesse ont été écrites à l'époque où le futur astronome, très lié à la famille Favart, avait accepté un poste de précepteur à Compiègne, chez M. Le Féron. Elles expriment les goûts et les études littéraires de Delambre et montrent sa passion pour le théâtre, la musique et la poésie. Certaines lettres font allusion à son intérêt pour les mathématiques et peuvent être considérées comme le point de départ de sa brillante carrière scientifique.
1769. "Mon seul plaisir quand je ne suis pas avec vous, c'est de parler de vous ; c'est de songer à vous... je me répète tout ce que j'ai entendu dire à tes aimables parens. La certitude que vous ne m'avez pas oublié tout à fait, la bonté avec laquelle ta chère maman m'a cédé son exemplaire de La Rosière ; tout cela me pénètre et augmente ainsi s'il se peut mes sentimens pour vous..." (3 novembre). "Sais-tu à quoi s'occupoit ton ami tout le tems qu'il a été sans t'écrire ; à des calculs sur la musique... Mon dessein n'est pas de devenir chanteur mais je voudrois savoir déchiffrer les airs pour moi. Ce désir est trop fort pour qu'il soit tout à fait infructueux" (21 novembre).
1770. "Je t'ai déjà parlé de notre comédie bourgeoise, le Carême a fini nos plaisirs qui se réduisent maintenant à quelques concerts. On a beaucoup applaudi au duo de Colombine et de Pierrot, pour moi j'en ai été enchanté et j'aurois de bon coeur juré une ardeur éternelle à celle qui l'a si bien chanté si je n'avois été retenu par la conviction où je suis de l'impossibilité de faire agréer mon hommage... j'ai senti pour la première fois combien il était cruel de n'être rien" (22 février). "Le Mercure... m'a rendu compte des ouvrages dont tu me promettois une analyse. Je viens de lire dans le premier volume d'avril une apologie del nostro Goldoni dont j'ai été charmé. Je dis notre car quoique je n'ai pas le bonheur de le connoitre, je ne puis m'empêcher de m'intéresser extrêmement à ce qui le regarde. J'ai conçu la plus haute idée de ses talens et de son coeur en lisant ses ouvrages..." (quindici d'aprile, le début de la lettre est en italien). "Il vient de s'établir à Compiègne une troupe qui nous donne une représentation par semaine, elle est dirigée par un marchand de bas qui n'en est pas le plus mauvais acteur, les autres pour la plupart auroient grand besoin d'apprendre à parler et à lire" (4 mai). "Je me suis fort ennuyé pendant les deux jours que la Cour a passé à Compiègne... il est vrai (que) je n'ai pas voulu me donner la peine d'aller jusqu'au château et cependant je n'en suis pas plus éloigné que vous ne l'êtes de la Comédie italienne..." (16 mai). "Je suis fort scandalisé de l'injustice qu'on fait à Mlle Dumênil, il me semble que Mlle Clairon après avoir quitté le théâtre comme elle l'a fait ne devoit pas être choisie pour jouer à la Cour dans une circonstance si flatteuse... Mlle Dumênil n'auroit elle pu rendre aussi bien le rôle d'Athalie. Ce n'étoit pas elle qu'il falloit changer" (22 mai). "... Je suis fou de musique, aussitôt que j'ai un moment à moi je chante ou je copie, j'ébranle les solives de ma chambre à force de battre la mesure. Tu vas croire que mes chants font déserter la maison, point du tout... je ne chante jamais qu'à demi-voix. Je n'ai pas l'organe assez flexible pour faire autrement" (2 juillet).
"Les Mathématiques ont à se plaindre autant que toi, pour le moins je les ai dévorées pendant quelques mois et depuis l'hiver passé je les ai abandonnées, je ne sais trop pourquoi. Je vais les reprendre cependant et j'étudie depuis quelques jours le calcul intégral et différentiel..." (29 août). "A la folie agréable de la Musique je viens de joindre l'utile folie des Mathématiques. Je ne quitte point la règle ni le compas, ma table est couverte de livres de géométrie entremêlés de recueils d'Ariette. Virgile, Milton et il mio caro Tasso n'y tiennent plus qu'un petit coin. La craie y tient la place de l'encre..." (8 décembre).
1771. "Je suis toujours mathématicien. Je ne rêve que sinus, tangentes, sécantes ordonnées au cercle &c. Si je ne m'occupois isolé comme je suis, je creverois d'ennui" (3 janvier). "Pour des nouvelles, elles n'abondent pas icy... Je te dirai encor que nous avons une comédie bourgeoise et que depuis le tems qu'on joue j'ai furieusement négligé les Mathématiques" (31 janvier).
1774. (Delambre avait quitté Compiègne pour Paris où il était devenu le précepteur du fils de M. Dassy, receveur général des Finances). "Nous ne tarderons pas à partir pour Bruyères, ton absence empêche que tu ne remplisses tes engagements vis-à-vis Mr d'Assy mais je ne doute pas que tu ne t'acquittes à ton retour..." (22 septembre).
Ce haut fonctionnaire devint le protecteur de Delambre : il lui facilita ses études, lui permit de suivre les cours de l'astronome Lalande et installa dans les combles de son hôtel un observatoire ; Delambre put alors commencer ses premières observations. Cf. DBF, X, 675-676
Euro12500
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